En 1900, l’artisan malletier Jules Bernard démarre une activité de layetier à Paris, sans se douter que son nom deviendra un synonyme de bagagerie haut de gamme. Au service des voyageurs depuis 120 ans, La Malle Bernard perpétue une tradition et un savoir-faire reconnus partout dans le monde.

Le métier d’artisan malletier a vécu un nouvel élan à partir du milieu du 19e siècle, avec l’augmentation du nombre de voyageurs. À Paris, beaucoup de commerces s’établissent vers la rue d’Aboukir et autour du quartier de l’Opéra Garnier et de la place Vendôme. Certains s’y trouvent encore : Moynat, Goyard, Vuitton… À l’aube du 20e siècle, Jules Bernard quitte les Hautes-Pyrénées pour poser ses valises au 75 rue d’Aboukir, dans le 2e arrondissement de la capitale. Il se spécialise dans la fabrication d’emballages sur mesure et de bagages spécifiques au commerce.

Montée en gamme

Adrien, fils de Jules, prend la relève dans les années 20 et crée une gamme de malles adaptées aux automobiles, alors dépourvues de coffres. La Malle Bernard propose des bagages adaptés aux véhicules commercialisés à cette époque, pouvant être fixés sur le toit ou à l’arrière. Les malles sont à dos droit ou galbé pour épouser les lignes de la carrosserie, pouvant être ouvertes latéralement, frontalement ou par le dessus. Leur caisse est en bois garnie de toile enduite. Des valises spéciales sont produites pour être logées dans ces malles et optimiser les possibilités de rangement.

La manufacture développe aussi des coffres de toit aérodynamiques. Par la suite, lorsque les autos sont équipées d’un coffre intégré à la carrosserie, la firme s’adapte de nouveau, en proposant des valises sur mesure pour des berlines, 4 CV Renault, Traction et DS Citroën… L’entreprise prospère et compte déjà, à cette époque, trois boutiques à Paris. Les ateliers prennent de plus en plus d’importance et le site de production est transféré à Thiais (94), à côté des ateliers Vuitton.

Évolution de l’activité

Au cours de ces années dédiées aux bagages, la société a régulièrement diversifié son offre : des malles de voyages traditionnelles au début du 20e siècle aux malles de voiture, en passant par celles dites “marmottes”, en fibre et fibroïne, pour les voyageurs de commerce, développées en quantité entre les années 50 et 80.

Rémy, fils d’Adrien Bernard, reprend le flambeau dans les années 70 et pénètre un nouveau marché : celui des étuis d’instruments de musique et des flight cases en aluminium, adaptés aux matériels de spectacle. La Malle Bernard réalise aussi des containers en fibre vulcanisée pour le transport des bobines de films dans les salles de cinéma… mais l’arrivée du numérique met un terme à ce débouché.

La société revient alors vers le luxe et les conceptions sur mesure : étuis de prestige en cuir pour bouteilles d’alcool et parfums, conditionnements pour les orfèvreries de la Maison Odiot, containers de transports spéciaux pour les collections de haute couture de Chanel, Dior, Yves Saint Laurent… Éric, quatrième génération à perpétuer l’histoire de la Malle Bernard, délocalise les ateliers de production en 1994 pour permettre son expansion, les installant à Coudres, en Normandie. Aujourd’hui, Internet a ouvert des portes sur de nouveaux marchés et la société poursuit son développement sans délaisser son haut niveau d’exigence.

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Antiquités Brocante n° 262