Tous les enfants ne pouvaient prétendre aux jolies poupées raffinées en porcelaine, aux cheveux soyeux et aux beaux vêtements, apanage des familles aisées. Les plus modestes chérissaient leur progéniture avec des poupards, des productions bon marché, aux traits et vêtements peints, réalisées en carton moulé ou en composition.

Difficile de dater l’apparition des poupards. Des illustrations d’ouvrages montrent des “faiseurs de poupées” sous l’Ancien Régime. Le peintre Léopold Boilly en représente dans les bras d’enfants, à la fin du 18e et au début du 19e siècle. Ce sont alors des silhouettes simples, sans bras ni jambes, en forme de quilles, comme des troncs emmaillotés, agrémentés d’un visage peint.

C’est à compter des années 1880 que la production de poupards se développe significativement. Ce jouet est d’ailleurs présenté aux Expositions universelles de 1889 et 1900.

Le poupard prend son essor avec la mise au point des techniques de moulage, réalisées à partir d’amalgames mélangeant déchets de papiers, carton, voire plâtre et eau. Avec trois usines situées à Ensheim (Allemagne), Forbach (57) et Pont-à-Mousson (54), la firme ADT exploite cette matière et décline une multitude d’objets — meubles, plumiers, boîtes à timbres, pyrogènes — avant de se consacrer aux jouets et poupées.

Outre la fabrique ADT, la SFBJ (Société Française de Bébés et Jouets) commercialise son typique poupard à bretelles en 1912. Il s’inscrit dans la gamme de l’entreprise, aux côtés de poupées nettement plus sophistiquées.

En forme de quille

Surnommé “la poupée du pauvre”, le poupard peut s’acheter dans un bazar ou auprès du colporteur. Son prix, particulièrement bas, en fait une marchandise extrêmement répandue.

En 1872, dans un article destiné à la revue Musée universel, l’auteur Paul Parfait évoque les productions de Villers-Cotterêts (02) : “Les poupards de carton à un sou, exécutés dans un moule en plâtre, sans bras, ni jambes, avec la tête peinte, la bouche en cœur, sont façonnés de colle et de papier gris, puis envoyés à Paris pour être peints et décorés”. Ce texte témoigne d’une production organisée, déclinée dans de nombreuses unités, pour répondre à la demande.

Supplantés par le celluloïd

Les poupards disparaissent des catalogues de jouets des grands magasins (BHV, Louvre, Le Printemps…) avant 1930. Ils sont alors supplantés par la production en masse de bébés en celluloïd, plus réalistes, avec yeux dormeurs, cheveux moulés et tenues interchangeables. Ce matériau synthétique induit des prix de revient bas. Moulés à la chaîne, ils ont tous la même expression, inversement aux poupards, peints à la main qui, sur une même base, peuvent afficher un sourire, une moue, des yeux ronds ou en amandes, des joues pâles ou rouges…

Contrairement aux modèles en porcelaine, conservés comme de précieux jouets, les poupards se font rares aujourd’hui. Considérés comme de peu d’intérêt, la plupart ont été détruits ou ont mal traversé les âges…

Texte Claude Franck

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Poupées et bébés en celluloïd